COP21, Jour 1: une pression historique

Image prise à partir de: www.24heures.ch

EnvironnementRécit, forcément subjectif, d'un journaliste embarqué au coeur de la grand-messe de l'environnement.

A force d’être présentée comme le somment de la dernière chance, la Conférence sur le climat n’a plus le droit à l’erreur. Récit, forcément subjectif, de la première journée A la COP21, il y a ceux qui viennent en transport en commun et ceux qui arrivent en voitures blindées. Pour ce premier jour, 150 chefs d’Etat ont fait le déplacement au Bourget. Le ballet des limousines noires, toutes vitres teintées et gyrophares sur le toit, a donc animé la matinée. Sécurité renforcée, costards noirs et oreillettes.

Pour les autres participants, la peur était de mise. Peur d’arriver en retard pour cause de transport en commun bondé, peur des émeutes aux guichets d’accréditation, peur d’une sécurité tatillonne qui vous empêche d’entrer. Heureusement, il n’en fut rien et s’il faut louer quelque chose au sortir de cette première journée, c’est bien l’organisation. Depuis la Gare du Nord, jusqu’au site du Bourget, des hôtesses d’accueil, uniformes verts sur le dos, indiquent la bonne direction, dirigent les visiteurs et avec le sourire s’il vous plait.

Sur le parvis du Bourget, des pommes sont mêmes distribuées aux chalands. Signées Carrefour. Ironie du sort, elles ne sont même pas bio. Un mauvais présage pour débuter la grand-messe de l’environnement?

Cohue journalistique

Le hall d’accueil ressemble au passage de sécurité d’un aéroport qui aurait été monté sous tente. Même machine, même gardien, même procédure, mais un vent glacial en plus. Le passage se fait néanmoins rapidement, sans encombre. Les difficultés tant redoutées débutent finalement dans la salle de presse. Des milliers de journalistes venus du monde entier sont à la recherche d’une table, de chaises, d’un peu de wifi pour travailler. Problème: nous sommes plus de 3000, selon les chiffres officiels, pour seulement 1000 places. Alors, entre les collègues, le ton monte ici ou là, pour un siège volé ou un ordinateur déplacé.

Evidemment, la presse n’a pas accès à la salle où sont réunis les chefs d’Etat. Alors les journalistes, bien que présents au Bourget, suivent les discours sur Internet comme n’importe qui. Certaines chaînes de télévision braquent même leurs caméras sur les écrans, afin de tourner leurs «propres» images. A la Cafétéria, le barman se désole: «Les journalistes avaient peur de ne pas pouvoir entrer sur le sites, s’ils arrivaient trop tard. Les premiers étaient là à 5 heures du matin. Résultat, il est pas encore 10 heures et j’ai plus de sandwich. J’espère qu’ils vont pouvoir nous réapprovisionner avant midi.»

«Une chance historique»

A la tribune, François Hollande prend la parole: «Jamais une conférence n’avait accueilli autant d’autorités, venues d’autant de pays. Mais jamais l’enjeu d’une réunion internationale n’avait été aussi élevé puisqu’il s’agit de l’avenir de la planète, l’avenir de la vie.» Le discours du président français est fort, volontiers universel et tiers-mondiste: «Aucun pays, aucune région n’est à l’abri des effets du dérèglement climatique causé par les activités humaines mais comment accepter que ce soit les pays les plus pauvres, ceux qui émettent le moins de gaz à effet de serre qui soient les plus vulnérables. C’est donc au nom de la justice climatique, que nous devons agir.» Et de conclure: «Le plus grand danger n’est pas que notre but soit trop élevé et que nous le manquions, mais qu’il soit trop bas et que nous l’atteignons.»

Il n’est pas exclu, non plus, que la communauté internationale ne parviennent pas à réaliser un objectif pourtant très bas. Ou qu’elle ne parvienne pas à trouver un accord tout court. Car à force de répéter tout au long de la journée que «la Conférence sur le climat est une chance historique» (Simonetta Sommaruga), qu’il faut saisir parce qu’il est « presque déjà trop tard» (Obama) et qu’un accord est «indispensable» (Laurent Fabius), les présidents et chefs de gouvernement ont placé une pression folle sur les épaules de leurs délégations. A force d’être présentée comme le sommet de la dernière chance, la COP21 n’a plus le droit à l’erreur. Tout accord intermédiaire sera désormais perçu comme un fiasco.

Il faudra donc aux négociateurs trouver le moyen de concilier les vues d’Evo Morales, président de la Bolivie, qui fustige «le système capitaliste qui mène la planète à la catastrophe» à celles d’Obama pour qui «une croissance économique forte et un environnement plus sain ne sont pas forcément en conflit». Concilier aussi les tenants d’un accord contraignant avec ceux d’un texte plus souple. Les négociateurs ont deux semaines pour y parvenir, pour confirmer que cette journée très protocolaire n’était pas que des mots, car «pour résoudre la crise climatique, les bons sentiments, les déclarations d’intentions ne suffiront pas» (François Hollande). (24 heures). 

Information tirée: www.24heures.ch